Enfant haut potentiel et émotions : entre immaturité et intensité ?

« Je suis doué d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire » (Gustave Flaubert »

Incompréhension, susceptibilité, mauvais caractère, pleurnichard, colérique…bref, la liste est encore longue. Voici de quoi un enfant à haut potentiel se voit gratifié régulièrement face à ses réactions à des choses qui sembleront anodines pour une grande partie de son entourage.

Il est temps de faire un point et remettre les pendules à l’heure pour le bien de tous !

Un enfant très sensible et émotionnel. Facilement en colère ou triste mais aussi joyeux. Les émotions font partie de notre vie d’humain. Mais pour les enfants qui fonctionnent vite dans leur tête, les émotions aussi vont vite ! Finalement, cette intensité émotionnelle fait partie de l’enfant HP, elle est en lui et fait ce qu’il est. C’est ce qu’il faut bien comprendre.

Et on fait quoi face aux tornades émotionnelles ? C’est à nous de choisir quelle réponse nous allons apporter…par ce que même si comprendre leur vécu émotionnel est compliqué, nous pouvons choisir de comprendre leur fonctionnement.

Les enfants HP sont dotés d’une complexité cognitive qui donne lieu à une réelle profondeur émotionnelle. Non seulement le fonctionnement de la pensée (analogique, arborescente) est différent par définition de leurs pairs, mais c’est tout cela même qui fait qu’ils se sentent différents. Et cette différence vécue s’explique dans l’intensité définie comme une expérience, une sensation « pénétrante ».

Formes et expressions de l’intensité émotionnelle :

Cette intensité des émotions, elle est aussi bien présente dans les sentiments positifs que les sentiments négatifs, mais elle atteint simplement… les extrêmes ! Cela peut être de façon plus négative, par la colère, la frustration, mais aussi dans le rire, les bêtises, le bavardage, les mouvements du corps. Et ce n’est peut être pas toujours exprimé : l’anxiété, la tristesse peuvent être intériorisées et somatisées.

– Somatisation corporelle : l’estomac tendu, le cœur serré, rougissant, bouffées de chaleur
– Inhibition: timidité
– Mémoire affective forte
– Peurs et angoisses, sentiments de culpabilité
– Préoccupations quant à la mort
– Relations: les liens affectifs, le souci des autres (empathie), la sensibilité dans les relations, l’attachement aux animaux, des difficultés d’adaptation à de nouveaux environnements, la solitude, conflits avec les autres
– Sentiments à l’égard de soi: l’auto-évaluation et l’auto-jugement, des sentiments d’insuffisance et d’infériorité

Concrètement, comment vivent-ils cette intensité émotionnelle :

– Une vague de joie qui inonde
– Le sentiment d’être incroyablement vivant, avoir envie de pleurer, rire, crier et se taire, mais tout ça ne même temps, rien qu’à l’écoute d’une belle musique, de la beauté de la nature…
– Parfois, le cœur se serre, il galope (vais-je pouvoir reprendre mon souffle ??)
– Difficulté à supporter les injustices et les bagarres sur la cour de l’école
– Les autres font trop de bruit !
– Etc, etc (je suis certaine que vous allez trouver bien d’autres exemples quotidiens !)

Idées pour accueillir l’intensité émotionnelle chez l’enfant à haut potentiel :

Repérer les déclencheurs émotionnels. Connaître ces déclencheurs vous permettra de prendre du recul. Bien-sûr, il faut garder à l’esprit que ce qui peut être un déclencheur cette semaine ne le sera peut être plus dans 6 mois ! Toutefois, repérer ces déclencheurs c’est pouvoir agir et montrer de la compréhension pour votre enfant, c’est un pas de plus pour comprendre son monde.

Détourner l’attention. Trouver quelque chose qui va occuper l’esprit de votre enfant, qui va le sortir de la source de frustration ou de l’excitation. J’avoue pour avoir utilisé cette méthode que …parfois ça marche (ouf !) et d’autres jours…la fatigue n’aidant pas, c’est peine perdue !

Nommer les émotions. Apprendre à son enfant à nommer ses émotions, à les identifier, c’est un cadeau à lui faire pour la vie entière ! Identifier ce qu’il ressent pour l’aider à comprendre pourquoi il l’éprouve de cette façon. Une phrase toute simple : « je me sens en colère parce que…et ça me donne envie de … », par exemple.

Mettre en place un code ensemble. Trouvez un mot-code pour les moments d’explosion, pour les urgences ! le mot-code permet de stopper net avant le grand débordement.

• Parler. Revenir sur cet épisode avec l’enfant. comment tu te sentais quand tu as pleuré tout à l’heure ? qu’est-ce qu’on pourrait faire pour que cela soit plus doux dans ton cœur ? vous pouvez aider l’enfant à trouver une solution en parlant, expliquez que parfois, c’est bien aussi de laisser partir ce qui nous est douloureux, par ce que oui, c’est ainsi, il y a des choses qui doivent s’en aller et il faut les laisser s’en aller. (Je sais que c’est très compliqué pour un enfant à haut potentiel de saisir ça…)

Tenir un journal, écrire. Oui, l’écriture permet de jeter sur le papier nos ressentis. Ecrire, ce n’est pas que le soir au fond de son lit. Ecrire, c’est aussi le matin ! avant de partir à l’école, coucher sur le papier, ou dessiner pour les plus petits ou les plus artistes, va permettre de lâcher toutes ces questions et ces émotions. Parce qu’il est constructif et sain de diriger sa colère ou sa tristesse vers la page plutôt que vers l’autre…

• Etre au calme. Se recentrer, se retrouver, s’isoler, pour respirer ! souffler ! quand votre enfant arrive d’une journée intense, surexcité, avec beaucoup de monde autour de lui, etc. Qui n’apprécie pas de se retrouver au calme, chez soi avec une musique douce après un dimanche entourés de 25 personnes enfermées dans une maison alors qu’il pleut dehors?

• La musique. Une musique douce pour se recentrer ou s’échapper, pour rêver aussi.

• La méditation. Je reviens avec mon livre « calme et attentif comme une grenouille » et son CD, mais il y a d’autres CD ou applications pour méditer avec votre enfants.

• La boite à idées. Pour aider chacun à respecter l’autre, à se faire respecter aussi, une boîte dans laquelle déposer les idées (quand je rentre de l’école, j’aimerais fairecomme ça je serais plus calme et tranquille après . Etc…)

• Établir les conséquences. Vivre une émotion, c’est une chose, mais le comportement relatif à cette émotion en est une autre que l’enfant doit donc apprendre à réguler. Et ça, il faut bien le clarifier à l’enfant : tu te sens en colère, d’accord, tu pars en claquant la porte, ça non ! (parce que tu n’abîmes pas le matériel, parce que papa à mis du temps à peindre ta porte de chambre, etc.). l’émotion est une réaction, mais le comportement lié à cette émotion est un choix.

• Déculpabiliser l’enfant de son émotion. Non, l’enfant n’est pas « méchant », « affreux », « mauvais », parce qu’il vit les choses plus intensément que les autres.

Il est d’une importance vitale à leur réalisation intellectuelle et à leur développement affectif que les enfants doués comprennent que leurs sentiments intenses sont normaux pour eux et qu’ils se sentent acceptés, compris et soutenus. Après tout, c’est l’intensité émotionnelle qui fournit l’énergie d’engagement et la persévérance qui prend en charge l’épanouissement intellectuel et amène à aux grands succès dans le monde ! L’aide des adultes est indispensable pour que les enfants à haut potentiel acceptent leur monde intérieur et la richesse des expériences qu’il procure, de la valeur qu’ils peuvent y trouver et de la force qu’ils peuvent en faire.
Cela signifie que les adultes doivent accepter et valoriser leur propre expérience émotionnelle et les sentiments de sorte qu’ils soient des modèles positifs. Il est vrai que dans une société qui privilégie et loue la pensée logique et rationnelle, il peut paraître difficile d’échanger et de valoriser les émotions.

Présenter l’hypersensibilité positivement aux enfants, comme une force, c’est les aider à comprendre et valoriser ce « don » de l’émotion. Ainsi, ils seront capables d’exprimer leur personnalité unique et utiliser leurs « dons » et leurs talents dans la joie et en pleine confiance.
L’hypersensibilité peut parfois être un fardeau. Sentir la douleur avec intensité peut se faire de façon positive : la douleur est plus supportable, et constructive si je suis compris et soutenu. La douleur appartient à chacun, il faut garder cela en tête. Mais chacun à le droit d’être reconnu dans sa souffrance. Et dans sa façon de la vivre. Et d’être soutenu et aimé dans cela.

L’intensité émotionnelle comme une force

Faire  le choix d’en faire une force, un atout considérable et unique, c’est faire le choix d’utiliser son « potentiel » ! même si cela demande d’y accorder beaucoup d’énergie!
Acceptez simplement les « bizarreries » émotionnelles de votre enfant, camarade, élève.
La complexité de la structure de son cerveau est la seule responsable de ces tempêtes émotionnelles ! Et l’enfant ne peut que les subir…ou en faire une force grâce à votre aide.
Cette extrême sensibilité offre une vie très colorée (comme le dit Arielle Adda), être hypersensible, c’est voir, percevoir, la singularité dans chaque moment. L’intensité émotionnelle, c’est aussi la clé qui ouvre l’univers de la créativité artistique et intellectuelle lorsqu’on parvient à s’y autoriser.

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