De quelle façon la pandémie affecte le niveau de stress dans les familles ?

Le stress, l’anxiété, sont des sujets de préoccupations de façon générale, et au sein des familles. On observait déjà un niveau de stress et d’anxiété grandissant avant l’épidémie de la COVID-19, autant chez les enfants, les ados, que les adultes. Mais il faut souligner désormais la particularité de cette période qui demande une adaptation très élevée.

Malheureusement, les enfants, les ados, ont un cerveau qui n’a pas encore atteint la maturité nécessaire pour s’adapter de cette façon… Les plus jeunes ont vraiment besoin de l’accompagnement de l’adulte pour être capable de s’adapter en cette période. Leurs cerveaux encore immatures déclenchent parfois comme un système de défense, qui à nous, adultes, nous semblent parfois exagéré, parce que notre cerveau est plus mature, avec des stratégies connues et maîtrisées quand cela déborde un peu trop, mais il se trouve que le cerveau de l’enfant, lui, va activer son système de défense plus rapidement que le nôtre et  le contexte actuel fait qu’il y a énormément de raisons qui pourraient provoquer l’activation de ce système de défense, chez les enfants et les ados : les informations, qui tournent parfois en boucles dans certaines familles avec les chaînes d’infos continues, la radio allumée, entendre combien de personnes sont décédées, combien d’écoles ont fermé, combien de personnes sont hospitalisées, les augmentations de prix, les manifestations…le rappel des mesures sanitaires qui s’affichent partout, même dans les pubs et qui nous rappelle qu’un danger potentiel existe, nous menace, simplement en rencontrant d’autres personnes, alors même que c’est cette rencontre de l’autre qui est l’un de nos besoins fondamentaux.  La création, le maintien d’un lien est alors un défi tant pour les jeunes que pour les adultes qui les encadrent.

L’ensemble de ces raisons font que nos jeunes sont dans une sur-adaptation permanente et entraine un surplus émotif en stress, tout comme chez les adultes pour différentes raisons.

De ce fait, nous, qui sommes responsables de ces jeunes, devons être conscients de l’importance du cadre, de la posture que nous avons face à l’enfant. L’idée n’est pas de culpabiliser l’adulte, l’idée est de prendre conscience de l’état dans lequel nous sommes. Alors que l’enfant n’est pas encore capable, par lui-même, d’enclencher le retour au calme, (à cause de son lobe frontal qui n’est pas assez développé (pour rappel, les chercheurs ont démontré que le cerveau n’est mature qu’à 25/27 ans), le lobe frontal, c’est la partie avant du cerveau qui permet, en résumé, de rester calme, réfléchis).  L’adulte est là pour pallier ce manque. Attention, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas vivre de stress, bien-entendu, nous le vivons nous aussi, mais nous dévons l’accepter, en avoir conscience, l’observer, pour savoir agir et réagir de façon adaptée pour le bien de l’enfant. Il est impossible de ne pas vivre en stress dans la situation actuelle, mais nous devons, en tant qu’adulte, prendre soin de nous, car prendre soin de soi, comme enseignant, parent, encadrant, c’est être disponible, ensuite, pour l’enfant, le jeune, et diminuer ainsi l’impact que le stress aura sur lui. Tout au long de notre journée d’adulte, nous accumulons les situations de stress, et si notre enfant revient de l’école, du collège, avec lui aussi son accumulation (que lui n’aura pas su gérer, puisque son cerveau, je le rappelle, ne lui permet pas encore), c’est à nous adulte, de veiller à gérer cette accumulation car nous sommes outillés pour prendre le recul nécessaire et ainsi accueillir le stress de l’enfant, de l’ado sans lui déverser le nôtre. Voilà alors illustrée toute l’importance de prendre soin de soi, en tant qu’adulte, d’abord, pour prendre soin du plus petit, ensuite.

 

L’impact du stress actuel sur l’école, la scolarité.

On observe assez facilement en ce moment, que la petite goutte qui fait déborder le vase chez les jeunes, arrive plus vite ! Les périodes de confinements/déconfinements successives font qu’on peut se mettre en colère pour des choses qui d’habitude, ne nous mettrait pas en colère. Nous pourrions penser que nous nous habituons, nous adultes, au stress lié à la Covid, peut-être…en effet, ce stress est comme en sourdine finalement, toujours-là, en bruit de fond…on s’habitue quoi ! Cependant, ce stress devient dès lors chronique, et pour notre organisme, il est très nocif. Nous n’allons plus réagir au stress des chiffres du soir et des infos, mais nous allons devenir plus réactifs aux petites choses qui vont nous faire partir au quart de tour.

Et bien pour les enfants, c’est la même chose. Il va alors falloir évacuer ce stress : en extériorisant physiquement ou en allant dormir, et comme après l’école, il ne va en général, pas se coucher directement, cela va se faire sous forme de crise : crise de colère, crise de larmes. Et vous savez quoi ? la bonne nouvelle…c’est que cette crise, l’enfant ne se permet de la faire qu’avec la personne dans laquelle il a le plus confiance, la seule personne qui l’accepte dans son entièreté : celle qu’on appelle sa « figure d’attachement » (en général, le père, la mère) qui est sa personne sécurisante. Tout se sera d’ailleurs généralement bien passé à l’école…la décharge se fait à la maison, dans la majorité des cas.  Recevoir, accueillir cette crise n’est pas chose aisée pour l’adulte, en théorie, ça semble simple, mais au quotidien, il en est parfois tout autrement, selon nos dispositions. Un conseil : faire simple pour palier au plus urgent : prendre l’air, prendre un goûter, s’installer sur le canapé à parler, respirer ensemble (cf cohérence cardiaque). (N’hésitez pas à prendre l’enfant dans vos bras, le contact physique manque dans cette période). Plus vous allez engager régulièrement ces stratégies, plus les enfants vont développer des automatismes à engager par eux-mêmes ces stratégies de régulation.  L’idée c’est finalement de créer une « routine » qui soit sécurisante.

Quelques suggestions, pas toujours facile à appliquer, mais qui valent la peine de faire un effort :

  • Le matin : pas d’exposition aux écrans avant d’aller à l’école. On préserve ainsi leur attention et leur dynamisme interne.
  • Après l’école : plutôt que de rentrer et attaquer directement les devoirs, laissez-les jouer un peu dehors, et évacuer ainsi ce stress de la journée (le sport est l’un des moyens les plus reconnus pour évacuer le stress, enfant, ados ou adulte). Suivi d’un bon goûter (pas trop de sucre rapide).
  • Lui demander s’il y a quelque chose de sa journée dont il souhaite parler (il peut y avoir un événement marquant dans sa journée), mais veiller à ne pas lui faire d’emblée le classique interrogatoire parental, qui pourra intervenir plus tard, quand la tension de la journée sera retombée et que l’enfant sera disponible pour parler. C’est vrai, après tout, quand vous terminez votre journée de travail, appréciez-vous que votre moitié vienne vous interroger « t’as fait quoi, t’étais avec qui, t’a bien mangé, etc » alors que votre sac est à peine posé !

 

Alors comment « gérer » ce stress ? et que faire ?

Prenons l’exemple du télétravail, quand on passe des heures devant un écran d’ordinateur, bien-entendu qu’on va avoir terminer la journée avec un mal de dos. Il n’est pas normal de ne pas prendre conscience de ce besoin exprimé par notre corps. Si je termine ma journée avec ce mal de dos, parce que je n’aurais pas accordé d’importance à ce signal envoyé par mon corps, comment puis-je alors être disponible pour prendre soin des enfants en fin de journée ??


Prendre le temps, prendre conscience.


Ce, dès le matin. Levez-vous 15 minutes plus tôt pour éviter d’être dans la course du matin. En effet, posez-vous la question : « comment j’ai envie de commencer ma journée, quelle journée j’ai envie d’avoir ? ». Mettez de l’intention dans votre journée. Vos enfants ressentent votre stress, ils ressentent aussi la manière dont vous abordez votre journée, donc la manière dont vous les accueillez le matin dès le réveil.

Finalement, la vie est une adaptation permanente, et en tant qu’adulte, nous sommes des modèles pour les plus jeunes, si nous leur montrons autant que possible comment nous gérons les aléas de la vie, tout en restant conscients que nous sommes des êtres d’émotions. Il ne s’agit donc pas d’être parfait, il s’agit de ressentir et d’être conscient.

Nous devons prêter attention aux mots que nous utilisons, les enfants, eux, s’expriment par leur corps, leurs gestes, ils manifestent ainsi leurs ressentis, car ils manquent de vocabulaire adapté, c’est aux adultes de prêter attention aux mots qu’ils emploient, pour ainsi venir enrichir le vocabulaire des enfants. Ainsi, si vous voyez que votre enfant vous pose et repose encore, plusieurs fois une question, c’est qu’il est inquiet. Plutôt que d’y répondre, essayez de comprendre, de verbaliser ce qu’il souhaite vous dire, exprimer. Reformuler sa question et tenter de l’analyser : que veut-il savoir au fond ? Les enfants ne cherchent parfois pas de réponse, ils cherchent à comprendre.

 

En classe, ou à la maison, il existe des objets qui favorisent la détente, la concentration. Sur le site de référence « hoptoys : hoptoys.fr/ », vous trouverez par exemple les manimo, ou le chat lesté, qui apportent un poids rassurant sur le corps et apaise les tensions, pour les enfants qui « gigotent », il y a aussi le polochon à triturer…Pour favoriser la focalisation, des petits comme des plus grands, les casques anti-bruit permettent de s’isoler des bruits environnants, on va toujours entendre les personnes autour de nous, mais pas les bruits parasites (je recommande d’ailleurs ce casque aux enfants qui ont du mal à se concentrer en classe).

Le but de tout cela est de ramener l’enfant à ses ressentis, de prendre conscience de ce qui ne va pas à l’intérieur et de ce qui lui fait du bien. Par ailleurs, dans cette période où nous passons plus de temps dans nos intérieurs, il peut être intéressant d’aménager une pièce où l’enfant pourra être au calme pour les devoirs, un endroit où l’enfant peut trouver refuge s’il partage sa chambre (faire un coin cabane avec des draps, des coussins, des guirlandes…un coin-ressource. J’ai vu que certaines écoles développent de tels « refuges », c’est vraiment bien !

 

Mais au fait, stress ou anxiété ?

Quelques définitions rapides : le stress est la réponse du corps à ce que le cerveau interprète comme une menace. Il nous servait à fuir devant un danger chez nos ancêtres et cousins préhistoriques. Aujourd’hui, le stress est différent : conflit avec un ami, remarque à l’école, punition potentielle, regards des autres… ! le stress se manifeste physiquement : « j’ai mal au ventre, j’ai une boule dans le ventre, dans la gorge », hyper-sudation des mains, etc.

L’anxiété est une anticipation. L’anticipation d’une situation potentiellement menaçante. Le cerveau nous joue des tours, il nous fait croire par les pensées qu’il peut nous arriver quelque chose. De façon raisonnable, l’anxiété nous projette, nous permet d’anticiper, de rester vigilants, d’être à l’affût. Avant un examen, l’anxiété nous permet de nous mettre en révision, de préparer un plan. Mais si l’anxiété prend trop de place, qu’elle interfère dans le quotidien, qu’elle empêche de dormir, d’avoir un sommeil réparateur, qu’elle rend difficile la concentration, qu’on ne se sent jamais « apaisé ». Alors, dans ce cas, allez voir votre médecin traitant, parlez-en avec lui.

 

Pour les plus grands, je pense à nos lycéens, nos étudiants, qui subissent le confinement et les restrictions sociales, ils doivent absolument garder un espace de paroles entre eux, que ce soit au téléphone, ou au début des cours, c’est très important qu’ils continuent à échanger entre eux (certains profs n’hésitent pas à accorder 10 minutes d’échanges en début de cours depuis l’alternance des cours) Parents, veiller à ce que vos jeunes ne coupent pas leurs relations sociales. Ils en ont encore plus besoin qu’à l’habitude. Lors des devoirs, attention à la distraction des réseaux sociaux sur le smartphone… 😊

Prendre soin de soi, de son alimentation, de son sommeil, de son hygiène contribue à garder à un état d’esprit croissant, dynamique et constructif. Une action simple : veiller à garder le cap en notant chaque jour ce qui est important à faire, une sorte de liste pour garder la motivation. Pas de grands projets, de petites actions, pas à pas…mais de façon régulière, et qui permettent une visualisation positive en fin de journée !

 

Pour terminer, je voudrais inviter chaque adulte à prendre soin de lui-même, nous vivons une période si particulière, si difficile sur le plan de la santé mentale, veillez à observer beaucoup d’indulgence, de bienveillance avec vous en premier, car prendre soin de vous, sera prendre soin de votre famille, de vos proches, de vos élèves. Et soyez bienveillants et tolérants avec eux aussi, cette crise est si singulière.

Parfois on se demande…qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela? Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi?
Une fille dit à sa mère que tout tourne mal pour elle. Elle a probablement échoué son examen de maths et son petit ami vient de la laisser pour… sa meilleure amie.
Dans ces périodes tristes, une bonne mère connait la chose à faire pour remonter le moral de sa fille, un délicieux gâteau.
La mère entraine donc sa fille dans la cuisine et lui demande: « Ma chérie, aimerais-tu un morceau de gâteau? »
Sa fille répond: « Oh oui, merci maman, ça me réconfortera un peu. »
« Très bien, dit la mère, alors bois un peu de cette huile de cuisson. »
Choquée, la jeune fille rétorque: « Quoi? Pas question!!!
– Que dirais-tu alors de quelques œufs crus?
– Est-ce que tu plaisantes?
– D’un peu de farine?
– Mais non enfin, tu veux me rendre malade en plus de tout le reste?
– Toutes ces choses, pas cuites et prises séparément, goûtent mauvais, mais si tu les cuisines ensemble tu obtiens un savoureux gâteau.
L’Univers travaille de la même manière. Quand nous nous demandons pourquoi il nous fait passer par ces périodes difficiles, nous ne réalisons pas ce que ces événements peuvent nous apporter.
Nous n’avons pas besoin d’arranger les ingrédients crus, seulement croire qu’ils sont là pour une raison et avoir confiance que quelque chose de délicieux va en résulter.
La Vie nous aime tellement… Elle fait refleurir la nature chaque printemps, se lever le soleil tous les matins… Cette même énergie est là pour toi. »
Sur la page de Jean-François Laurent

Merci à Florence de Vulpillière